Mon texte de cette semaine, intitulé "Le Monsieur au gros nez":
Samedi prochain , le 24 janvier, sur la Ste-Catherine, il fera froid, très froid même. Vous serez alors sans aucun doute en train de magasiner chez Simons, au Centre Eaton, à la librairie Indigo ou encore à boire un café chaud afin de vous réchauffer. Ils seront de retour. Pour un troisième samedi consécutif, des milliers d’iraniens défileront et s’arrêteront devant le consulat américain avec leurs drapeaux Lion et Soleil, leurs pancartes et des photos du Monsieur au gros nez. Mais qui est donc ce Monsieur au gros nez qui est si populaire ces jours-ci pour la majorité des Iraniens? Eh bien, c’est Reza Pahlavi, héritier de la couronne impériale d’Iran et qui a été désigné officiellement leader de l’opposition au régime des ayatollahs lors d’une conférence qui s’est tenue à Munich, en juillet dernier.
On a dit beaucoup de choses sur Pahlavi dans les média depuis le 28 décembre 2025. Qu’il serait soutenu par une infime proportion de la population iranienne, qu’il n’est pas charismatique, qu’il est faible, qu’il serait un opportuniste assoiffé de pouvoir, impatient de récupérer sa couronne ou il serait un pantin manipulé par de sombres impérialistes sionistes auquel il ne faut accorder aucun crédit et encore moins lui donner la parole. Permettez à la vieille petite madame au dos croche d’y ajouter quelques précisions autres que celles privilégiées par l’extrême-gauche bourgeoise du Plateau Mont-Royal et leurs alliés membres du parti Québec Solidaire.
Reza Pahlavi est né le 31 octobre en 1960 dans un hôpital public du sud de Téhéran. L’arrivée du bébé est saluée de 22 coups de canon car ses parents sont nul autres que le Shah Mohammad Reza Pahlavi et son épouse l’Impératrice Farah qui règnent alors sur l’Iran. Déjà son destin est scellé; il succèdera un jour à son père comme Empereur, qu’il le veuille ou non. À l’époque l’Iran avait un peu retrouvé sa stabilité politique et se prépare à entreprendre un programme de réformes radicales visant à moderniser le pays. Cette série de réformes sera mieux connue sous le nom de Révolution Blanche (Enqelab-e Sefid) lorsqu’elle sera décrétée par Mohammad Reza Shah le 26 janvier 1963. Je vous raconterai une autre fois plus en détails cette Révolution Blanche dont les principes sont très similaires à ceux de notre Révolution Tranquille amorcée par le Premier Ministre Québécois Jean Lesage en 1960.
De 1963 à 1979, l’Iran se métamorphosera à la vitesse grand V: Le taux d’analphabétisme qui se chiffrait à plus de 80% de la population sera réduit de moitié, le système féodal qui accordait aux grands propriétaires terriens sur les petits agriculteurs des droits proches de la servitude sera aboli tandis que les Iraniennes obtiendront enfin le droit de vote et seront autorisées à se présenter comme candidates aux élections. Toutefois cette période très faste au niveaux économique et social sera éphémère; en 1979 l’ayatollah Khomeini prendra le pouvoir, l’Iran à nouveau précipité dans le Moyen-Âge tandis que Reza Pahlavi, sa famille et des millions d’Iraniens et d’Iraniennes seront contraints à l’exil.
Nous sommes maintenant en 1980. Mohammad Reza Shah vient de décéder au Caire le 27 juillet des suites d’un cancer des glandes lymphatiques. Du jour au lendemain, son fils aîné Reza, âgé seulement de 19 ans lui succède mais il devra attendre encore trois mois le jour de son anniversaire le 31 octobre suivant afin de prêter serment. Il ne restera pas inactif, quoiqu’en pensent ses détracteurs. Pendant plus de quarante années Pahlavi prendra son bâton de pèlerin, ralliant peu à peu à sa cause des opposants de diverses allégeances, multipliant les contacts et les rencontres avec les représentants élus des parlements européens, britanniques, français, américains et canadiens ainsi que des groupes de pression. Il participera à des centaines de conférences, accordant des entrevues, publiant des livres, rédigeant des lettres d’opinions dans la presse internationale. Pas si mal pour un homme que ses critiques accusent de vivre confortablement, assis sur ses deux mains à ne rien faire, tout en l’affublant avec condescendance de quolibets méprisants.
Je n’ai jamais eu la chance et l’honneur de rencontrer Pahlavi. Rappelez-vous que je suis qu’une vieille petite madame au dos croche et que les vieilles petites madames au dos croche ne rencontrent pas comme ça des Empereurs en exil. Si le mépris de certains peut être une expérience commune vécues par des petites madames et des monarques, ces expériences sont vécues dans deux univers différents, deux planètes différentes qui ne se contacteront sans aucun doute jamais. Néanmoins j’ai suivi son parcours de loin, depuis 1980, à travers les média traditionnels de la presse et de la télédiffusion et plus tard par les média sociaux de manière constante. Ce qui me permet ici d’affirmer, selon ce que j’ai pu constater, que les informations qu’il transmet dans ses déclarations publiques et discours sont fondées et vérifiables et que, la plupart de ses prédictions se sont plus tard avérées. Par exemple, lors de la parution en février 2009 de son livre “Iran: L’heure du choix” qui rassemble une série d’entrevues avec Michel Taubmann à l’occasion du trentième anniversaire de la révolution khomeiniste. Reza Pahlavi prévoyait alors que les élections présidentielles en Iran qui se sont tenues plus tard en juin de la même année provoqueraient une vague de protestations qui ébranlera le pouvoir absolu du régime. Il avait raison: Les élections de 2009 qui ont reporté au pouvoir le président Mahmoud Ahmadinejad seront dénoncées par les électeurs qui avaient voté majoritairement pour son rival Mir Hossein Moussavi. Les manifestations monstres réuniront des millions de personnes qui vont secouer les rues Téhéran les jours suivants. Du jamais vu depuis 1979 et que l’Histoire retiendra sous le nom de “Mouvement Vert”. À l’époque j’avais confié mes inquiétudes à ma professeure de persan lors d’une pause café. Elle m’avait assurée que tout était calme lors de ses vacances en fin d’année en Iran et qu’on ne devait pas trop se faire du souci pour ce qui pourrait se passer en juin. L’Histoire, par la suite, nous donnera tort.
Au moment où j’écris ces lignes, l’influence de Reza Pahlavi n’est plus marginale. Selon l’Institut de sondage Gamaan, Reza Pahlavi était en 2024 la personnalité politique la plus populaire en Iran avec un score de 31.4%, comparée à 9.1% pour Khamenei, 5.7% pour la Prix Nobel 2024 Narges Mohammadi, 2.1% pour Dr. Hamed Esmaelion (qui a perdu sa femme et sa fille lorsque l’avion ukrainien dans lequel elles prenaient place a été abattu par le régime en 2020) et 0.3% pour Maryam Radjavi, leader des Modjahedine-e Khalq, un parti islamo-marxiste radical. Tout me porte à croire que le taux de popularité de Reza Pahlavi ait augmenté de manière significative depuis. Déjà on peut constater l’étendue de cette popularité parmi les Iraniens d’ici. Des centaines de milliers d’entre eux scandent son nom, brandissent ses photos depuis deux semaines lors de manifestations massives, bravant le froid et nos tempêtes de neige, à Toronto, Vancouver et Montréal.
Les Iraniens d’ici, du reste de la diaspora ont choisi leur leader. Au pays, des milliers d’entre eux sont tombés en scandant son nom sous les balles des tueurs de Khamenei. Les Iraniens qui défilent rue Ste-Catherine scandent son nom en persan, en français et en anglais lorsqu’ils bravent la neige, la glace, le vent et le gros frette, réclamant le retour de leur Shah dans un Iran enfin libéré de ses nervis islamistes. Qui sommes-nous, Québécois, Canadiens, Occidentaux pour oser leur dicter qui choisir, quoi penser, quoi faire parce qu’on n’aime pas ça la monarchie, etc.? Si nous voulons aider les Iraniens à mettre un terme à ce régime qui est aussi le plus grand commanditaire du terrorisme mondiale et dont l’influence néfaste s’étend jusqu’ici au Québec, la seule alternative est de soutenir et d’accompagner nos amis irano-québécois et leur leader pour la Liberté, la Laïcité, l’Égalité et la Démocratie. Décider de faire autrement ou de garder obstinément le silence équivaudrait à se rendre complice de ce régime immonde, barbare et meurtrier.
Alors si vous voyez des Iraniens se balader avec une pancarte représentant le Monsieur au gros nez en magasinant sur la Ste-Catherine samedi prochain, souriez-leur et criez “Javid Shah” ou “Vive le Shah” avec un gros accent québécois. Ils vous en seront gré.
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